CARNET NOIR Pendant près de 20 ans, il a sillonné le canton appareil au poing, immortalisant les grands et les petits événements pour ce qui était alors la «Feuille d’Avis de Neuchâtel», puis «L’Express». Pierre Treuthardt connaissait tous les villages, les moindres recoins ou impasses, les gens de cette terre neuchâteloise qui l’a vu naître. Il a tiré sa révérence samedi 15 juin. Il avait 77 ans.
C’était sa signature: photo Pierre Treuthardt. Elle a accompagné des milliers de clichés qui ont été publiés dans la «Feuille d’Avis de Neuchâtel» puis dans «L’Express» durant les vingt années où il a travaillé comme photographe. C’était «Treupète» ou «Pierrot» pour les collègues. L’homme qui ne se séparait jamais de son sac photo et de sa cigarette. C’était «le barbu» comme raconte son fils François, un de ses trois enfants, aujourd’hui journaliste à «ArcInfo». Il a tiré sa révérence samedi 15 juin, il avait 77 ans.
Il était entier, Pierre Treuthardt. Prêt à défendre haut et fort le cadrage d’une image, même petite sur une colonne de journal. Car la photo n’était pas pour lui un métier, mais une passion. Pour laquelle il a sillonné le canton en long, en large et en travers. Et surtout sur les chemins de traverse.
Il connaissait le moindre lieu-dit, tous les grands et les petites gens, les plus beaux arbres qu’il appréciait par-dessus tout. Et si sur un de ceux-ci chantait un oiseau, ses yeux bleus brillaient quand il nous le montrait immortalisé sur papier photo. La forêt était peut-être son royaume, mais son labo était sa deuxième maison, là où pincettes en mains, il vivait chaque jour l’instant magique où l’image se révèle.
Le numérique, de la science-fiction
Enfant de Travers, il y a suivi ses écoles. Et c’est toujours au Val-de-Travers qu’il a fait son apprentissage, chez Daniel Schelling, à Fleurier. Il est ensuite parti balader ses objectifs pour l’agence Interpress à Genève. «Mon père me racontait que certains samedis il partait couvrir un match de football à Zurich avant de filer au Tessin pour une autre manifestation et de rentrer en train de nuit à Genève développer ses photos», se souvient François Treuthardt. 1962, une époque où le numérique en était encore au stade de la science-fiction.
D’ailleurs, Pierre Treuthardt ne s’y est jamais intéressé. Pour lui, il n’y avait que le film et les bacs de révélateur, dans lesquels il a travaillé pour la presse neuchâteloise jusqu’en 1997. A 55 ans, il a quitté le métier et est parti s’installer au Mexique, avec Danielle, sa seconde épouse, avant de revenir à La Neuveville.
S’il n’y a qu’une image à retenir de «Treupète», c’est celle d’un gars bien.

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